La selle, cet outils qui s'oublie

Aujourd’hui, j’ai encore envie de profiter de mon expérience personnelle pour vous parler de la selle. Plus précisément du modèle de selle. Ah, ce modèle qui nous plaît tant, celui qui a des strass, du cuir marron et noir, un tannage spécial, un arçon connecté …

Ce modèle avec lequel monte votre cavalier préféré, celui avec lequel vous avez appris, celui qu’on vous a conseillé sur un forum ou sur facebook. C’est CE modèle que vous voulez ! 

La selle est un outil merveilleux et complexe, et adapter une selle à la morphologie d’un cheval ET à celle d’un cavalier, c’est un métier. (saddle fitting). Aujourd’hui, avec l’appui de mon expérience personnelle, je vous propose d’aller plus en avant dans la réflexion et de creuser un peu le sujet dans cet article.

Rien ne vous empêche également de faire des recherches par vous même, il y a beaucoup de livres très intéressants .

Il y a aussi de nombreux articles intéressants sur le blog d’Eugénie Cottereau www.saddlefitting.fr

Une selle c’est donc du cuir sur un arçon. Cette dernière est composée de plusieurs parties.

Les plus importantes, qui entrent en jeu dans l’adaptation au cheval et au cavalier, sont le siège; l’enfourchure; l’arcade et son ouverture; la forme des quartiers et leur taille; la forme des taquets et leur taille; la place des couteaux d’étrivières; la place des sanglons, la longueur des pointes d’arçons et les panneaux sous la selle.

En fait dit comme ça on se rend compte que tout est important. Effectivement un siège trop creux vous bloquerait peut être alors qu’il aiderait une autre personne. Des longs taquets seraient peut être utiles car vous avez un long fémur mais bloquerait également la jambe d’une personne avec 20 cm de moins que vous…  (voir photos ci dessous). Une enfourchure étroite pourrait vous convenir mais générer une instabilité d’équilibre pour une autre.

jambe descendue, non bloquée, cavalier à sa place.

jambe coincée par le taquet, cavalier poussé en arrière.

Une selle, c’est en fait à la base un arçon. Il en existe plusieurs types aujourd’hui (bois, résine, carbone, etc). Ensuite, on y arrime le faux siège,on attache par dessus les mamelles et les matelassures, puis on tend le siège. Viennent ensuite le positionnement des petits quartiers, la mise en place des faux quartiers, quartiers et sanglons (longs ou courts). Enfin, on prépare les panneaux et leur positionnement.

voici un exemple de fabrication de selle par un artisan sellier (Gaffet en l’occurence).

J’aimerais aujourd’hui partager mon vécu pour que chacun se rende compte que le modèle qui nous convient n’est pas forcément celui que notre regard choisit mais celui que notre popotin, notre bassin, notre dos, nos jambes et notre cheval vont choisir. 

 

Consciente depuis plusieurs années de l’impact du choix de la selle sur la progression, j’y ai tout de suite accordé beaucoup d’importance. J’ai donc fait appel aux services d’une saddle fitter pour trouver la selle qui pourrait me convenir lorsque j’ai eu ma première jument sous contrat. Après plusieurs essais, il s’est avéré que la selle qu’il me fallait était le modèle Edelweiss de chez Stubben. Effectivement le choix du siège plat fut une évidence pour moi, car je conservais alors des séquelles au niveau de mon dos suite à mon accident. Impossible pour moi de fonctionner dans un siège creux avec des taquets qui m’obligeait à me cambrer et à serrer les genoux.

Avec l’arrivée de Quinto dans ma vie, j’ai continué de monter avec la selle Edelweiss car je ne pouvais toujours pas supporter de rester dans un siège creux. Cette selle offrant beaucoup de liberté de mouvement elle m’a apporté beaucoup en positif mais aussi en négatif. En effet, je n’étais pas assez construite musculairement et assez gainée. Mon corps bougeait librement certes, mais peut-être un peu trop. °^^ 

 

L’arçon sur cette selle était un arçon dynamique. La transmission des mouvements du cheval était sensationnelle ! Mais il fallait aussi les encaisser :p. Cette selle a permis à Quinto de prendre confiance en son corps et ses mouvements, en lui laissant la place de s’exprimer.

J’ai monté avec cette selle plusieurs années. Lorsque je suis partie chez Alizée Froment, celle-ci a trouvé que Quinto était trop instable dans sa mise en main et sa locomotion, et ce parce que je l’étais aussi, particulièrement au trot assis. (Quinto peut très vite devenir inconfortable … de tous les chevaux que j’ai monté, Quinto a le trot le plus inconfortable que j’ai pu pratiquer …). Elle a donc décidé de me changer de selle et m’a mise sur une vieille selle Hermès dont le siège était un peu plus creux que l’Edelweiss sans pour autant me bloquer. Quinto à plus qu’apprécié un peu de stabilité sur son dos et l’avancée dans le travail a été crescendo. 

De retour en France, il était temps de changer de selle. J’ai donc fait appel à un conseiller Stubben, Stéphane Lupieri,  pour un nouvel essai. 4 modèles essayés, 4 chevaux différents sous la selle, et probablement 4 cavaliers différents sur le dos de Quinto.

C’était en automne 2017 et à cette époque mon choix s’était orienté sur une genesis CL avec petits taquets Borlotti. J’étais suffisamment maintenue sans être bloquée, les taquets de cuisse permettaient à mes jambes de rester à leur place sans pour autant les bloquer. Et forcément, révélation pour Quinto aussi qui se déplaçait très bien ! En revanche, vu l’épaisseur de mon portefeuille à ce moment-là, j’ai dû m’orienter vers un autre modèle de chez Philippe Fontaine. Il s’agit d’une sous-marque de chez Stubben présentant une belle qualité de confection, utilisant les ancien arçons Stubben et avec un rapport qualité/prix imbattable à mon sens sur le marché. (http://www.philippe-fontaine.com/).

Cette selle nous a tout de suite très bien convenus, et ce choix s’est finalement révélé très bon et nous a permis d’avancer dans le travail pendant plus d’un an. Elle m’a permis de gagner en stabilité, en assise, en descente de jambe et en gainage

Phillippe Fontaine modèle Orléan

Stübben Genesis CL

Depuis quelques temps, je sens qu’il est temps pour Quinto et pour moi de passer à autre chose. Je sens les limites de la selle dans notre évolution. Nous attaquons les mouvements au travail rassemblé et je sens que Quinto se fige dans le dos et n’arrive pas à abaisser les hanches. Je le sens très bien dans un un travail d’équilibre horizontal, mais dès que j’essaie de le rassembler, il se fige dans le dos et vient durcir le contact. 

 

La morphologie de Quinto a également beaucoup changé en un an et demi. Il s’est arrondi, a sorti son garrot, a prit des épaules et de la masse musculaire. J’avais remarqué que la selle avançait, et venait selon moi peser sur l’arrière des matelassures et bloquer  la ceinture pelvienne. Cela explique probablement sa difficulté au rassemblé. 

Pour ma part je commence à me sentir étriquée, j’ai besoin de plus de place. Quinto est plus réceptif et réactif et il réagit très bien aux mouvements de mon corps. Malheureusement mon fonctionnement et mon liant se révèlent restreint par un siège un peu trop creux, qui me limite dans la bascule du bassin. Ce constat est confirmé lors de ma séance sur simulateur aux côtés de Véronique Corbeau-Passadori. Je n’ai pas la place de bouger dans ma selle et de fonctionner correctement.

En juillet 2019, nous effectuons donc un nouvel essai Stübben. Nous essayons à nouveau plusieurs modèles. 

 

Je voulais absolument essayer celui qui m’avait tapé dans l’oeil lors de notre essai un an et demi auparavant, la genesis CL. Verdict : je me suis sentie complètement perdue dans cette selle, l’impression de flotter et de perdre toute efficacité. Visiblement, cela ne se voyait pas du tout de l’extérieur, mais je ne me sentais clairement pas à ma place. Avec du recul je comprends mieux : à l’époque je venais de l’Edelweiss, et la genesis CL passait à côté pour une selle encadrante. Aujourd’hui c’est l’inverse qui se produit, ma selle actuelle est beaucoup plus encadrante et donc la Genesis CL passe pour une selle qui l’est moins.

Le deuxième modèle m’a plus convaincu dans la forme du siège, mais malheureusement dans ce modèle ci mes jambes partaient en avant et venaient se coincer dans les taquets. Une fois de plus c’est là qu’on se rend vraiment compte des possibilités de mouvements que nous laisse une selle ou non. Vue de l’extérieur rien de bien différent mais la selle me laissait vraiment la place et la possibilité d’avancer les jambes. C’est juste qu’ayant monté avec une selle très encadrante j’avais besoin d’un peu plus de maintient de ce côté là.

Ces deux selles étaient en arçon NT (enfourchure étroite) comme tous les modèles que j’avais utilisés jusqu’à présent. Stéphane décide ensuite de me faire essayer un modèle avec une enfourchure plus large, la Genesis.

******Stubben dispose de plusieurs déclinaisons sur leur arçon ce qui leur permettent de présenter deux enfourchures : Étroites (NT) et Larges. L’enfourchure étroite permettra de trouver facilement un équilibre vertical avec un alignement hanche/talons facilité. En revanche, dans mon cas cela a rendu plus difficile l’ouverture des hanches mais a effectivement facilité l’alignement hanche/talons.

La selle à enfourchure large a, dans mon cas, favorisé l’ouverture de mon articulation coxofémorale et j’ai donc pu m’asseoir plus facilement sur mes ischions, cela m’a permis  d’avoir une plus grande liberté de mouvement au niveau de mon bassin. La réaction sur Quinto a été sans appel, libre et de ses mouvements et léger, capacité à venir se rassembler et à repartir plus facilement, en conservant la tension du dos et sans altérer le contact.

Je parle ici de mon expérience personnelle dans ces deux enfourchures. Il n »y en à pas de bonne ou de mauvaise. Ce n’est pas parce que vous montez avec celle là que vous êtes meilleur ou moins bon. Le principe est de trouver l’outils le plus adapté à votre morphologie. ******

4e essai, toujours sur une enfourchure large, la genesis Spezial. Et là, un quatrième cheval sous la selle :moins léger et soutenu dans l’avant main  que lors de l’essai précédent, mais toujours plus que ce que j’avais connu auparavant. Celle-ci est encore plus adaptée à Quinto car le sanglage est en pointe d’arçon, et Quinto ayant un passage de sangle légèrement en avant, j’ai souvent ce problème de selles qui avancent. Avec cette selle parfaitement calée sur son dos, Quinto a fait preuve d’une très grande activité dans l’arrière-main. Je ne l’ai jamais vu allonger son trot de cette façon. J’ai d’ailleurs eu un peu de mal à canaliser cette énergie un peu nouvelle pour lui comme pour moi d’ailleurs °^^. 

**** La place de la sangle et donc des contre sanglons est primordial dans l’adaptation d’une selle. En effet, certains chevaux présentent une zone de sanglage légèrement avancée et un sanglage standard ne correspondra pas : la selle sera bien positionnée au début du travail puis, au fur et à mesure, les sanglons vont ramener la selle sur l’avant et donc sur les épaules. Pour ce genre de chevaux, le mieux est d’utiliser un sanglage en pointe d’arçons, qui permettra un meilleur maintien de la selle à la place qui lui revient. C’est le cas de la morphologie de Quinto. Le sanglage en pointe d’arçon ne convient pas à tous les chevaux, on travaille donc sur les matelassures.**********

ci dessus deux photos de Quinto. On voit sur la première la place de l’épaule et la place de son passage de sangle. On se rend compte que celui ci est en avant. Sur la deuxième photo voilà un exemple de la place que vient prendre la selle après le travail avec un sanglage « classique ». La sangle vient se positionner à sa place, la selle est donc légèrement tirée en avant et vient se positionner sur les épaules.  empêchant le bon fonctionnement de ces dernières. 

Ci dessous des images et photos pour vous présenter l’importance d’une selle qui vient laisser de la place à l’épaule. 

Et voilà une vidéo que j’ai faite pour montrer le mouvement des épaules d’un cheval au pas.

Pour moi, la selle est un outil indispensable au bon fonctionnement et à l’évolution d’un couple. On voit bien quel impact cette dernière peut avoir sur l’un ou sur l’autre. Si la selle ne va pas à votre cheval, vous ne serez pas bien non plus. Si elle ne vous va pas et que vous ne vous sentez pas à l’aise, alors votre monture ne le sera pas non plus. Grâce à la selle vous ne formez qu’un, elle est le lien entre votre cheval et vous, elle établit la connexion.

À mon sens, c’est donc un outil de communication extraordinaire qu’il ne faut pas négliger. Une mauvaise adaptation de la selle, c’est comme vouloir envoyer un message à un ami avec un téléphone où il manque les voyelles. Imaginez la conversation …

Attention,  il n’est pas nécessaire de changer de selle tous les 6 mois. J’en ai eu besoin dans mon évolution avec Quinto car je monte mon cheval 5 fois par semaine, je monte également d’autres chevaux avec ma selle et je connais donc son fonctionnement par cœur. Je n’écris pas cet article pour vous faire remettre en question le choix de votre selle (ou si ça vous arrive et que vous vous posez des questions, c’est qu’il y a peut être une raison), mais pour vous faire prendre conscience qu’une selle ne se choisit pas au hasard, qu’il y a de nombreuses choses à prendre en compte. 

J’écris cet article pour que vous fermiez les yeux la prochaine fois que vous vous mettrez à cheval et que vous preniez conscience de la place de votre bassin. Est-ce que vous sentez vos ischions ? Serrez-vous vos genoux ? Utilisez-vous toute la place dans votre selle ? Essayez également de deviner si votre enfourchure est étroite ou large. Pourquoi ne pas essayer la selle du voisin pour comparer également (si celle ci convient à votre cheval bien sûr) ? Observez le siège de votre selle et regardez si vous n’utilisez pas plus un ischions qu’un autre.

Une selle mal équilibrée peut également avoir un impact très fort sur le développement musculaire de votre cheval. Il se peut qu’un creux se forme au niveau des épaule ou qu’un côté de la colonne soit plus musclé que l’autre. Inspectez votre cheval de profils ou de dos. Passez la main sur son corps et essayez de sentir les bosses ou les creux, les zones contractés ou non. Observez aussi les blessures éventuelles, les zones irritées ou sans poils. Vous verrez peut être votre cheval, votre équitation et/ou votre matériel d’une façon complètement différente. Restez à l’écoute, continuer de chercher à comprendre et surtout n’hésitez pas à demander conseil et à faire appel à des personnes formées comme les ostéopathes, les saddle-fitteur, les selliers….